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28 août, 2008

REPONSE DES SOCIOLOGUES MASQUES AU SOCIOLOGUES DU MIRAIL

Avertissement : Cette lettre fait suite au premier courrier que nous avons adressé aux sociologues de l’université du Mirail de Toulouse. Ayant été surpris des réponses reçues, nous avons décidé de leur renvoyer une deuxième lettre. C »est celle-ci que nous vous présentons ici. Nous avons fait le choix de ne pas mettre les réponses reçues, pour respecter l’anonymat de leurs auteurs.   Nous avons été réellement surpris de voir que cette lettre anonyme, ait provoqué tant de réactions de surprises, d’agacements, d’incompréhensions, bref qu’elle ait réussie à créer en un mot autant de débat. Nous ne pensions pas déclencher tant de réactions, certaines très intéressantes, d’autres disons le vindicatives.
Nous avons longtemps hésité à retourner une réponse, tellement nous avions l’impression que notre lettre avait créé chez certains de l’énervement et qu’elle ait été perçue comme une provocation.
 
Que ce courrier ait été perçu comme une intrusion dans l’espace de l’université nous le concevons, mais qu’il ait été perçu comme une tentative d’injonction sur le registre de l’inquisition à l’encontre du programme de l’UFR de sociologie, nous a laissé véritablement sans voix. Aussi qu’il ait été perçu comme une intervention évaluatrice est totalement aberrant et ce serait nous conférer des compétences que nous n’avons malheureusement, ou heureusement pour certains, pas acquises lors de notre formation.
Cette lettre partait d’un constat et soulevait une interrogation simple, voire nous pouvons vous l’accorder assez simpliste «  Où est passé la sociologie critique dans le programme du master 1 de sociologie ». À aucun moment nous avons eu l’impression de remettre en cause, ni critiquer le programme dans sa totalité, nous voulions juste mettre en évidence ce qui nous paraissait être des impasses ou simplement des oublis. Nous ne voulions accuser personne, nous vous avons simplement adressé nos incompréhensions.
Avec un peu de recul, il est vrai que cette lettre aurait pû porter non pas seulement sur le contenu du M1, mais sur l’ensemble de notre carrière universitaire, ainsi que, bien entendu sur la frilosité sociologique ambiante. Il nous semble donc dommage d’entendre dire « patientez un peu, la suite va vous plaire ». C’est ce que nous nous sommes dit au début, nous avons attendu… et nous attendons encore.
 
Non ne vous trompez pas, il n’y a aucun mépris dans nos propos. Notre but ici n’est pas de mettre à mal le pluralisme sociologique, bien au contraire. Mais nous estimons justement que ce pluralisme a tenté, et en grande partie réussi, à évincer la sociologie critique. P. Bourdieu nous l’a appris, « si la sociologie a un rôle, ce serait plutôt de donner des armes que de donner des leçons », hors il nous semble que la sociologie (soit disante) pluraliste a oublié son rôle de « fournisseur d’armes ». Elle tend plutôt à servir de légitimation à/de l’appareil étatique. C’est pour cela que nous appelons à une sociologie réellement plurielle, digne de la plus belle des sociologies. Nous soutenons le pluralisme et c’est pour cela que nous vous interpellons.
 
Peut être comme nous l’on dit certains la forme était inadmissible. Mais nous ne comprenons pas en quoi l’anonymat peut être provocateur et encore moins en quoi cela peut s’apparenter comme certains l’ont dit à des procèdes qui ne sont pas étrangers à certaines périodes de l’histoire, pourtant si sombres….notre style peut déplaire nous le comprenons, mais nous sommes vexés par ce simplisme qui permet de ne pas remettre en cause son mode de pensée.
Là encore l’analogie est totalement aberrante, lorsque l’on sait que de nombreux ouvrages, nombreux articles sont écrits sous la plume de l’anonymat ou d’un pseudonyme parfois provocateur et injurieux.
Ici au contraire, ce pseudonyme de « sociologues masquées » n’ait en rien injurieux. Il est vrai que nous aurions dû nous appeler « sociologues anonymes » ou encore mieux « apprentis sociologues anonymes » mais c’est beaucoup moins humoristique que celui que nous avons choisi. Et nous avions justement misé sur l’humour pour atténuer et désamorcer cette lettre. Malheureusement cela n’a pas joué cette fonction et l’explosion ou devrions nous dire l’implosion a eu lieu. Nous ne pensons pas avoir eu un comportement puéril, digne d’une crise d’adolescence. Notre méthode déplait d’accord, nous prenons note, nous en excusons, mais nous nous ne découvrirons pas, la renommé ne nous intéresse pas et qui que nous soyons cela ne remet pas en cause ce que nous pensons.  
Nous sommes déçus que la forme est primée sur le fond, ou qu’elle ait finie par totalement évincer ce dernier, mais dans une faculté ou la chaire de sociologie porte le nom de Raymond Ledru, en ayant lu son ouvrage «  Le fond et la forme »,  nous pensions qu’il en serait autrement.
 
Nous ne cherchons pas à imposer un courant de pensée, encore moins un programme universitaire. Nous ne prétendons pas faire votre travail, mais il nous semble que c’est bien nous, étudiants, qui recevons un savoir/formation et nous pensons être en droit de donner notre avis. Encore une fois que cela soit comparable à l’inquisition nous laisse songeur. De plus vous dites craindre que vos travaux soient juger de la sorte, mais nous espérons que ce travail soit mené et avant tout par vous même. Considérez-vous toutes vos lectures et vos écrits comme vrais, ne les remettez vous pas en cause? Ne les soumettez vous pas à votre esprit critique?
 
On nous dit attendez un peu, la suite va vous plaire. Comme nous l’avons dit nous attendons toujours. Plus nous avançons et plus nous butons à ce que nous considérons être du conformisme. Oui il est vrai que certains auteurs que nous vous avons énumérés, sont cités en bibliographie, notre liste n’avait aucune prétention d’exhaustivité, elle est courte, subjective, incomplète. Mais c’est bien cela que nous reprochons, la relégation de ces auteurs en note de bas de page, quand nous aimerions une plus grande attention sur ces auteurs et bien d’autres encore. Il est entendu que nous devons par nous même mettre à jour notre propre bibliographie, mais réellement et honnêtement combien d’étudiants s’attèlent à ce travail? Très peu dans les premières années. Et en master beaucoup d’étudiants ne mettent pas en place ce pensum, ou ne se penchent pas sur ces auteurs injustement non traités, car cela ne leur parait pas nécessaire, voire être une perte de temps pour la réussite de leur carrière universitaire. Et cela même que l’envie de comprendre le monde social et notre mode de pensée est la base de la sociologie. Donc oui ne pas donner tous les outils nécessaires pour que les étudiants parviennent à mettre en place un travail d’autoréflexivité – pourtant indispensable à la science sociale. Ce que nous espérons est mis en place par l’ensemble du corps universitaire – ne pas favoriser un maximum d’approches aux étudiants nous dérange.
 
En tout cas, toute cette agitation pour un simple courrier, nous montre que nos intuitions sociologiques n’étaient pas le résultat de nos imaginaires marxistes mais qu’elles sont réellement d’actualité. Comme l’ont écrit certains « les sciences humaines et sociales sont menacées dans l’opinion publique », nous ne sommes ni les investigateurs de cette inquisition là (réel pour le coup), ni les responsables de la dévaluation de cette discipline. Si les sciences humaines et encore davantage la sociologie sont dans cette position, il n’en est de responsables que les différents acteurs de cette discipline. Si les sociologues ont de plus en plus de mal à se positionner où à inscrire leurs disciplines de manière précise sur l’échiquier non pas politique mais social, nous émettions l’hypothèse, simple postulat de départ qui demanderait une recherche épistémologique approfondie, que la sociologie post critique, en se voulant toujours plus objective( cela reste à prouver), finissait par se sentir seul dans un mode social où les idéologies antagoniques à défaut d’avoir disparu persiste encore ; mais nous le répétons ce n’était qu’une hypothèse. 
 
Dans tous les cas, vu la tournure que prennent les choses, nous vous avouerons que nous ne comptons pas poursuivre en master 2 recherche l’an prochain, tellement les chances de poursuivre en thèse sont minces et dérisoires. Ni même en master 2 pro, car la professionnalisation correspond selon les dires de certains élèves de ces promotions à de la spécialisation et de la micro analyse qui finit par être de la dé-sociologisation ou devons nous dire de la sociologie gestionnaire à la botte de commanditaires.
Aussi comme l’on rappelé certains peut être dans le but de nous avertir ou de nous dissuader, la trajectoire des sociologues critiques a fini dans le mur de la folie, nous préférons encore ce chemin, sortir des normes pour ne pas finir dans le mur du conformisme.
Mais nous allons poursuivre notre chemin en électron libre, en nous servant de la sociologie comme un outil de déconstruction du monde social et comme nous l’avons déjà dit pour armer la critique de la domination avec ces mêmes outils, il nous semble d’autant plus que ce travail est plus que nécessaire aujourd’hui. Et que cela déplaise nous garderons ce pseudonyme de sociologues masquées. Pour ceux qui seront intéressés de suivre les pas de leurs anciens étudiants noirs et rouges nous les invitons à consulter notre blog, « les sociologues masquées »
http://sociomasques.unblog.fr/.
 
Nous serions de mauvaise foi dans cette dernière lettre, si nous nous contentions de répondre à ceux qui ont critiqué ce courrier, sans remercier vivement ceux qui ont répondu de manière originale et détaché de leur position socio professionnel. Nous sommes heureux qu’il y ait encore des sociologues conscients, malheureusement si peu nombreux. Toutefois nous leur dirons qu’il ne suffit pas de citer Marx ou Lénine, pour nous contenter, cela montre bien que leur référence de sociologie critique commence à dater, serait-ce par faute de lecture ou  simplement par conformisme? Certains écrivaient que la sociologie critique doit être relancée, nous rajouterons « vraiment mais par qui? Par des sociologues??? »
 
Donc oui nous appelons plus qu’à une révolte, à une insurrection sociologique. Non aucune animosité dans nos propos, notre interpellation masquée n’a juste pour but que de faire avancer le débat inhérent à toute discipline scientifique…
 
Nous finirons sur cette touche humoristique, pour ceux qui comprendront, nous laissons la sociobobologie à ceux qui savent…
 
Cordialement
les sociologues masquées 

Par sociomasques le 28 août, 2008 dans sociologie
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LETTRE DES SOCIOLOGUES MASQUES AUX SOCIOLOGUES DU MIRAIL

Avertissements : La lettre que nous présentons ici, est une lettre que nous – sociologues masqués- avons envoyé aux sociologues de l’université du Mirail de Toulouse, lorsque nous étions encore étudiant. Notre objectif etait d’exprimer notre incompréhension quant à la place accordée à la sociologie critique dans les programmes d’enseignement.

Il parait tout de même étrange d’être arrivé en Master I et n’avoir simplement survolé – et pour certains ne pas avoir était informé – de la « nouvelle » sociologie critique. Il est vrai que les années universitaires sont limitées d’un point de vue temporel et le travail de découverte, de compréhension et d’assimilation de l’héritage de la sociologie classique est long de part sa richesse qualitative et quantitative ; du positivisme de Comte à la sociologie holiste de Durkheim en passant par l’approche compréhensive de Weber.  Le but de cette lettre est simple : nous ne comprenons pas pourquoi la sociologie critique est reléguée à une période socio-historico-politique antérieure et qualifiée de courant intellectuel dépassé ? Hormis l’étude de l’école de Francfort, de la sociologie marxiste et de la philosophie critique de Foucault, il ne nous a pas été donné l’occasion d’entrevoir la réactualisation et la mobilisation de ces outils et de ces concepts par des sociologues s’inscrivant dans la continuité de ces approches critiques. En revanche les occasions d’étudier les divers courants s’inscrivant en rupture avec la sociologie critique, se sont multipliées à plusieurs reprises. En effet nous avons étudié de nombreux auteurs durant notre cycle universitaire, et particulièrement en M1, dont les travaux ont uniquement pour but de travailler sur les limites de ces paradigmes afin de les dépasser, non pas dans l’objectif de les renforcer, mais de les remettre en cause – ou pourrions nous dire de les discréditer.  Ne peut-on pas qualifier d’acharnement intellectuel la manière avec laquelle ces auteurs ont été utilisés ; pour remettre en question, d’un point de vue épi-stémo-logique et théorique, la scientificité, voir même l’objectivité du travail sociologique d’un Pierre Bourdieu. La sociologie critique s’inscrit pour nous dans une remise en cause de tout objet observé et observable dans le but de mieux dé-construire le discours de la doxa, l’ordre dominant.  « Le sociologue est quelqu’un qui fait des recherches pour armer la critique de la domination avec les outils de la science », dixit Laurent Bonelli. Nous appelons ici à utiliser la critique pour étudier le monde social environnant. Durkheim nous a appris à écarter les prénotions ; à nous de remettre en cause notre mode de pensée, nos structures cognitives et institutionnelles. C’est ce qui nous parait évident et fondamentalement nécessaire de faire en cette période socio-politico-économique marquée par une privation des libertés individuelles, une censure sur toutes formes de réflexion intellectuelle, une volonté d’uniformisation de la pensée, la dichotomisation de tout phénomène sociale en deux camp : le bien et le mal, et plus grave encore l’exacerbation de toute forme de différences : ethnique,  religieuse, politique,….  Notre but n’est pas de décrédibiliser le courant post-constructiviste, voir post-structuraliste, mais nous pensons qu’il serait juste et légitime d’offrir aux étudiantEs TOUS les outils sociologiques nécessaires, pour faire preuve de réflexivité, pour re-penser le social ; et peut être permettre à la sociologie de re-panser le social. C’est pour cela que nous vous soumettons, sans aucune prétention, ni défi intellectuel, ni même sans aucune volonté d’instaurer entre les enseignantEs de l’UFR de sociologie et ses étudiantEs un rapport de force – ou devrons nous dire d’un rapport de justice - une liste de quelques sociologues et intellectuels actuels que l’on peut inscrire dans le courant critique : L. Wacquant, L. Bonelli, AM. Marchetti, S. Bouamama, A. Accardo, P. Corcuff, S.Halimi, P.Aries, P. Tévanian… Evidemment nous ne nous considérons pas comme des sociologues mais des étudiants frustrés et déçus de l’orientation de leur discipline, étudiants non pas utopistes mais optimistes de voir renaître rapidement la sociologie critique permettant d’aller à l’encontre du conformisme actuel. Nous avons choisi l’anonymat car nous pensons que les noms n’importent que peu, que cela ne sert qu’à mettre un visage sur un texte – et éventuellement une appréciation sur un mémoire. Les Sociologues Masqués 

Par sociomasques le 28 août, 2008 dans sociologie
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