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REPONSE DES SOCIOLOGUES MASQUES AU SOCIOLOGUES DU MIRAIL

Avertissement : Cette lettre fait suite au premier courrier que nous avons adressé aux sociologues de l’université du Mirail de Toulouse. Ayant été surpris des réponses reçues, nous avons décidé de leur renvoyer une deuxième lettre. C »est celle-ci que nous vous présentons ici. Nous avons fait le choix de ne pas mettre les réponses reçues, pour respecter l’anonymat de leurs auteurs.   Nous avons été réellement surpris de voir que cette lettre anonyme, ait provoqué tant de réactions de surprises, d’agacements, d’incompréhensions, bref qu’elle ait réussie à créer en un mot autant de débat. Nous ne pensions pas déclencher tant de réactions, certaines très intéressantes, d’autres disons le vindicatives.
Nous avons longtemps hésité à retourner une réponse, tellement nous avions l’impression que notre lettre avait créé chez certains de l’énervement et qu’elle ait été perçue comme une provocation.
 
Que ce courrier ait été perçu comme une intrusion dans l’espace de l’université nous le concevons, mais qu’il ait été perçu comme une tentative d’injonction sur le registre de l’inquisition à l’encontre du programme de l’UFR de sociologie, nous a laissé véritablement sans voix. Aussi qu’il ait été perçu comme une intervention évaluatrice est totalement aberrant et ce serait nous conférer des compétences que nous n’avons malheureusement, ou heureusement pour certains, pas acquises lors de notre formation.
Cette lettre partait d’un constat et soulevait une interrogation simple, voire nous pouvons vous l’accorder assez simpliste «  Où est passé la sociologie critique dans le programme du master 1 de sociologie ». À aucun moment nous avons eu l’impression de remettre en cause, ni critiquer le programme dans sa totalité, nous voulions juste mettre en évidence ce qui nous paraissait être des impasses ou simplement des oublis. Nous ne voulions accuser personne, nous vous avons simplement adressé nos incompréhensions.
Avec un peu de recul, il est vrai que cette lettre aurait pû porter non pas seulement sur le contenu du M1, mais sur l’ensemble de notre carrière universitaire, ainsi que, bien entendu sur la frilosité sociologique ambiante. Il nous semble donc dommage d’entendre dire « patientez un peu, la suite va vous plaire ». C’est ce que nous nous sommes dit au début, nous avons attendu… et nous attendons encore.
 
Non ne vous trompez pas, il n’y a aucun mépris dans nos propos. Notre but ici n’est pas de mettre à mal le pluralisme sociologique, bien au contraire. Mais nous estimons justement que ce pluralisme a tenté, et en grande partie réussi, à évincer la sociologie critique. P. Bourdieu nous l’a appris, « si la sociologie a un rôle, ce serait plutôt de donner des armes que de donner des leçons », hors il nous semble que la sociologie (soit disante) pluraliste a oublié son rôle de « fournisseur d’armes ». Elle tend plutôt à servir de légitimation à/de l’appareil étatique. C’est pour cela que nous appelons à une sociologie réellement plurielle, digne de la plus belle des sociologies. Nous soutenons le pluralisme et c’est pour cela que nous vous interpellons.
 
Peut être comme nous l’on dit certains la forme était inadmissible. Mais nous ne comprenons pas en quoi l’anonymat peut être provocateur et encore moins en quoi cela peut s’apparenter comme certains l’ont dit à des procèdes qui ne sont pas étrangers à certaines périodes de l’histoire, pourtant si sombres….notre style peut déplaire nous le comprenons, mais nous sommes vexés par ce simplisme qui permet de ne pas remettre en cause son mode de pensée.
Là encore l’analogie est totalement aberrante, lorsque l’on sait que de nombreux ouvrages, nombreux articles sont écrits sous la plume de l’anonymat ou d’un pseudonyme parfois provocateur et injurieux.
Ici au contraire, ce pseudonyme de « sociologues masquées » n’ait en rien injurieux. Il est vrai que nous aurions dû nous appeler « sociologues anonymes » ou encore mieux « apprentis sociologues anonymes » mais c’est beaucoup moins humoristique que celui que nous avons choisi. Et nous avions justement misé sur l’humour pour atténuer et désamorcer cette lettre. Malheureusement cela n’a pas joué cette fonction et l’explosion ou devrions nous dire l’implosion a eu lieu. Nous ne pensons pas avoir eu un comportement puéril, digne d’une crise d’adolescence. Notre méthode déplait d’accord, nous prenons note, nous en excusons, mais nous nous ne découvrirons pas, la renommé ne nous intéresse pas et qui que nous soyons cela ne remet pas en cause ce que nous pensons.  
Nous sommes déçus que la forme est primée sur le fond, ou qu’elle ait finie par totalement évincer ce dernier, mais dans une faculté ou la chaire de sociologie porte le nom de Raymond Ledru, en ayant lu son ouvrage «  Le fond et la forme »,  nous pensions qu’il en serait autrement.
 
Nous ne cherchons pas à imposer un courant de pensée, encore moins un programme universitaire. Nous ne prétendons pas faire votre travail, mais il nous semble que c’est bien nous, étudiants, qui recevons un savoir/formation et nous pensons être en droit de donner notre avis. Encore une fois que cela soit comparable à l’inquisition nous laisse songeur. De plus vous dites craindre que vos travaux soient juger de la sorte, mais nous espérons que ce travail soit mené et avant tout par vous même. Considérez-vous toutes vos lectures et vos écrits comme vrais, ne les remettez vous pas en cause? Ne les soumettez vous pas à votre esprit critique?
 
On nous dit attendez un peu, la suite va vous plaire. Comme nous l’avons dit nous attendons toujours. Plus nous avançons et plus nous butons à ce que nous considérons être du conformisme. Oui il est vrai que certains auteurs que nous vous avons énumérés, sont cités en bibliographie, notre liste n’avait aucune prétention d’exhaustivité, elle est courte, subjective, incomplète. Mais c’est bien cela que nous reprochons, la relégation de ces auteurs en note de bas de page, quand nous aimerions une plus grande attention sur ces auteurs et bien d’autres encore. Il est entendu que nous devons par nous même mettre à jour notre propre bibliographie, mais réellement et honnêtement combien d’étudiants s’attèlent à ce travail? Très peu dans les premières années. Et en master beaucoup d’étudiants ne mettent pas en place ce pensum, ou ne se penchent pas sur ces auteurs injustement non traités, car cela ne leur parait pas nécessaire, voire être une perte de temps pour la réussite de leur carrière universitaire. Et cela même que l’envie de comprendre le monde social et notre mode de pensée est la base de la sociologie. Donc oui ne pas donner tous les outils nécessaires pour que les étudiants parviennent à mettre en place un travail d’autoréflexivité – pourtant indispensable à la science sociale. Ce que nous espérons est mis en place par l’ensemble du corps universitaire – ne pas favoriser un maximum d’approches aux étudiants nous dérange.
 
En tout cas, toute cette agitation pour un simple courrier, nous montre que nos intuitions sociologiques n’étaient pas le résultat de nos imaginaires marxistes mais qu’elles sont réellement d’actualité. Comme l’ont écrit certains « les sciences humaines et sociales sont menacées dans l’opinion publique », nous ne sommes ni les investigateurs de cette inquisition là (réel pour le coup), ni les responsables de la dévaluation de cette discipline. Si les sciences humaines et encore davantage la sociologie sont dans cette position, il n’en est de responsables que les différents acteurs de cette discipline. Si les sociologues ont de plus en plus de mal à se positionner où à inscrire leurs disciplines de manière précise sur l’échiquier non pas politique mais social, nous émettions l’hypothèse, simple postulat de départ qui demanderait une recherche épistémologique approfondie, que la sociologie post critique, en se voulant toujours plus objective( cela reste à prouver), finissait par se sentir seul dans un mode social où les idéologies antagoniques à défaut d’avoir disparu persiste encore ; mais nous le répétons ce n’était qu’une hypothèse. 
 
Dans tous les cas, vu la tournure que prennent les choses, nous vous avouerons que nous ne comptons pas poursuivre en master 2 recherche l’an prochain, tellement les chances de poursuivre en thèse sont minces et dérisoires. Ni même en master 2 pro, car la professionnalisation correspond selon les dires de certains élèves de ces promotions à de la spécialisation et de la micro analyse qui finit par être de la dé-sociologisation ou devons nous dire de la sociologie gestionnaire à la botte de commanditaires.
Aussi comme l’on rappelé certains peut être dans le but de nous avertir ou de nous dissuader, la trajectoire des sociologues critiques a fini dans le mur de la folie, nous préférons encore ce chemin, sortir des normes pour ne pas finir dans le mur du conformisme.
Mais nous allons poursuivre notre chemin en électron libre, en nous servant de la sociologie comme un outil de déconstruction du monde social et comme nous l’avons déjà dit pour armer la critique de la domination avec ces mêmes outils, il nous semble d’autant plus que ce travail est plus que nécessaire aujourd’hui. Et que cela déplaise nous garderons ce pseudonyme de sociologues masquées. Pour ceux qui seront intéressés de suivre les pas de leurs anciens étudiants noirs et rouges nous les invitons à consulter notre blog, « les sociologues masquées »
http://sociomasques.unblog.fr/.
 
Nous serions de mauvaise foi dans cette dernière lettre, si nous nous contentions de répondre à ceux qui ont critiqué ce courrier, sans remercier vivement ceux qui ont répondu de manière originale et détaché de leur position socio professionnel. Nous sommes heureux qu’il y ait encore des sociologues conscients, malheureusement si peu nombreux. Toutefois nous leur dirons qu’il ne suffit pas de citer Marx ou Lénine, pour nous contenter, cela montre bien que leur référence de sociologie critique commence à dater, serait-ce par faute de lecture ou  simplement par conformisme? Certains écrivaient que la sociologie critique doit être relancée, nous rajouterons « vraiment mais par qui? Par des sociologues??? »
 
Donc oui nous appelons plus qu’à une révolte, à une insurrection sociologique. Non aucune animosité dans nos propos, notre interpellation masquée n’a juste pour but que de faire avancer le débat inhérent à toute discipline scientifique…
 
Nous finirons sur cette touche humoristique, pour ceux qui comprendront, nous laissons la sociobobologie à ceux qui savent…
 
Cordialement
les sociologues masquées 

Par sociomasques le 28 août, 2008 dans sociologie

  1. Salut,

    J’ai eu vent de votre initiative au cours du printemps dernier et je peux vous dire que je suis contente de pouvoir enfin lire ces lettres estimant être pleinement concernée mais malencontreusement (ou pas) mise à l’écart.

    Je n’ai pas lu « le fond et la forme » de Ledru mais je vais revenir sur la forme et puis sur le fond dans l’idée de continuer la réflexion que vous avez amorcée.

    L’anonymat ne me dérange pas en soi mais c’est la manière dont vous l’utilisez qui me gêne.

    En lisant votre lettre, j’ai eu le sentiment qu’on avait parlé à ma place sans me demander mon avis ou pire que vous vous placiez comme « déléguéEs » des étudiantEs de socio du Mirail ayant émis un jugement sur le contenu des cours sans concertation avec les étudiantEs pourtant les premierEs concernéEs. Je pense que chaque étudiantE a son avis personnel sur cette question et souhaiterait également émettre des requêtes sur les choix des enseignements. C’est pourquoi il me semble que sous couvert d’anonymat (nous, on, des/les étudiants…), vous vous permettez de vous substituer à la parole du plus grand nombre. J’aimerais donc non pas savoir qui vous êtes mais au nom de qui vous parlez.

    Vous affirmez choisir l’anonymat pour vous protéger, j’imagine donc que vous ne vous attendiez pas à recevoir des réponses allant uniquement dans votre sens… Vous avez mis un pavé dans la marre universitaire, c’est super. Mais votre modestie et votre naïveté me surprennent beaucoup, surtout quand vous avancez un positionnement noir et rouge et une bonne connaissance du monde universitaire. A mon « humble » avis, vous saviez très bien où vous mettiez les pieds (dans le plat…).

    Deuxième chose qui me dérange, c’est votre refus de publier les réponses des profs qui auraient certainement alimenté le débat qui est l’objectif de votre blog. Mais effectivement, cela vous permet aussi de garder la parole. Au passage, vous n’êtes pas obligéEs de donner des noms si cela vous gêne ou encore vous pouvez demander l’accord de la personne…

    Autre truc qui me turlupine, vous dites user d’humour (peut-être avez beaucoup rigolé lors de l’écriture des lettres…) mais tout ceci me semble très sérieux, débordant de références scientifiques qui ne font pas dans la blague et d’un verbiage digne d’une bonne dissertation universitaire.

    Justement, nous y arrivons à ce fameux milieu universitaire que vous avez quitté (j’ai pourtant trouvé votre adresse sur une porte de chiottes de l’UFR SES). Je vais alors et enfin aborder le fond de vos propos qui vous tient tellement à cœur. Pour vous le dire de manière simple, je ne suis pas foncièrement en désaccord avec vous (mais peut-être êtes vous tout seul… donc avec toi…). Il me paraît assez évident qu’il y a des manquements dans notre formation ou des erreurs comme supporter 4 heures de « cours » sur les métiers de la sociologie dans le public et dans le privé qui pour moi, devraient se dispenser lors d’une réunion d’information (et encore…). Bref, les exemples peuvent être multiples sur les « oublis » (comme vous le dites si innocemment) dans l’enseignement de la sociologie au Mirail et pas seulement au niveau de la sociologie critique mais cela importe peu au final.

    Là où je ne suis pas d’accord avec vous et ça rejoint encore une fois votre méthode, c’est que je pense que vous vous êtes trompés de destinataires… Vous n’êtes pas sans savoir que les enjeux de pouvoir et les enjeux politiques sont omniprésents dans n’importe quelle chaire universitaire que se soit en socio, en maths ou en même en langue. L’enseignement de la sociologie n’est donc pas le même d’une faculté à une autre, selon l’orientation scientifique et politique des profs. Vouloir créer du débat est intéressant mais si le but ultime est de donner une nouvelle orientation à l’enseignement, je doute qu’une lettre suffise et surtout sans l’avis des étudiantEs. Si vous quittez la fac, c’est que probablement vous avez abandonné cette idée, mais les profs ne sont plus les bons interlocuteurs et renchérir avec une nouvelle lettre pour vous justifier à nouveau et exposer vos idées sans fournir celles des profs et en occultant encore une fois l’existence des étudiants, bah, moi, ça commence à me gonfler.

    Si l’initiative me plaît dans le fond, les méthodes m’importent beaucoup et les tiennes me semblent quelles que peu prétentieuses. Tu me diras sans doute qu’encore une fois ta bonne parole est passée à côté, mais que cela te surprend de voir tant d’agitation pour deux simples lettres qui en plus ne m’étaient pas destinées…

    Bon, pour que tu puisses me situer, si l’envie de bavarder avec moi te prend… je voulais te dire que je rentre en M2R de socio, cette année, vu le peu d’étudiantEs qu’il y aura, tu me trouveras facilement.

    Enfin, j’espère que tu apprécieras mon humour… mais je ne me fais pas trop d’illusion, comme disais un certain Desproges « On peut rire de tout mais pas avec tout le monde ».

    Ju (pour te laisser encore un indice…)

    Commentaire by Ju — 6 octobre, 2008 @ 16:47

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