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I

Le Parti Imaginaire est la forme particulière qu’assume la Contradiction dans la période historique où la domination s’impose comme dictature de la visibilité et dictature dans la visibilité, en un mot comme Spectacle. Parce qu’il’ n’est d’abord que le : parti négatif de ta négativité, et parce que la sorcellerie du Spectacle consiste, faute de pouvoir les liquider, à rendre invisibles en tant que telles les expressions de la négation – et cela vaut aussi bien pour la liberté en acte que pour la souffrance ou la pollution -, son caractère le plus remarquable est justement d’être réputé inexistant ou, pour être plus exact, imaginaire. C’est pourtant de lui, et exclusivement de lui, que l’on parle sans discontinuer, puisqu’il est ce qui chaque jour fait un peu plus visiblement défaut au bon fonctionnement de la société. Mais on a garde de prononcer son nom – pourrait-on prononcer son nom, de toute façon? -, comme on craignait d’invoquer le Diable. Et en cela, on fait bien: dans un monde qui est si manifestement devenu un attribut de l’Esprit, l’énonciation a fâcheusement tendance à devenir performative. Inversement, l’évocation nominale, ici même, du Parti Imaginaire vaut aussi bien comme son acte de constitution. Jusqu’à présent, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il soit nommé, il ne pouvait être plus que ce qu’était le prolétariat classique avant de se connaître comme prolétariat: une classe de la société civile qui n’est pas une classe de la société civile, qui en est plutôt la dissolution. Et en effet, il ne se compose à ce jour que de la multitude négative de ceux qui n’ont pas de classe, et ne veulent pas en avoir, de la foule solitaire de ceux qui se sont réappropriés leur non-appartenance fondamentale à la société marchande sous la forme d’une non-participation volontaire à celle- ci. Dans un premier temps, le Parti Imaginaire se présente donc simplement comme la communauté de la défection, le parti de l’exode, la réalité fuyante et paradoxale d’une subversion sans sujet. Mais cela n’est pas plus son essence que l’aube n’est l’essence du jour. La plénitude de son devenir est encore à venir et ne peut apparaître que dans son rapport vivant avec ce qui l’a produit, et qui maintenant le nie. «Celui-là seul qui a vocation et volonté de faire naître le futur peut voir la vérité concrète du présent» (Lukàcs, Histoire et conscience de classe).

 

 

Thèse I du Parti Imaginaire dans « Thèses sur le Parti Imaginaire », Tiqqun (Organe conscient du Parti Imaginaire) nº1

 

Ce texte est téléchargeable sur le site http://www.bloom0101.org/, on y trouve l’intégralité des 2 numéros de Tiqqun ainsi que d’autres textes.

Par sociomasques le 20 janvier, 2009 dans Citations

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